Qui suis-je ?
l'association
Les Parrains
L'objectif
L'équipement
L'itinéraire
Les préparatifs
Le budget
Au retour



Alienor Lutherie
CNSMDP
Défi Jeunes
Lonely Planet
UNESCO / CIM
Université Paris IV Sorbonne
Conseil Général des Yvelines
.... Voir la liste complète


Communiqué de presse
ABM
France Musiques
France Inter
France Info
Globe-trotters
Journal du conservatoire
.... Voir le détail des articles

 

Lire, voir
Ecouter

Carnet de bord
Album photo
Où suis-je ?

Livre d'or
Forum
Ecrire


S'inscrire à la newsletter
Remerciements
Liens

Les interviews


Hector Lopez a l Opera de Bucarest
.
Deux jours après mon arrivée, je me rends à l’opéra, pour écouter Rigoletto. C est Le jeune Ténor Mexicain Hector Lopez qu interprète le rôle du Ducele de Mantoua. Ce-dernier m’accordera gentiment un entretien deux jours plus tard. Lorsque je découvre la programmation de l’Opéra, je suis assez surprise de constater qu’un opéra différent est donné chaque soir ! Le dimanche, il y a même deux séances, avec un opéra différent à chaque séance ! Le prix des places les plus chères avoisine les 4 euros.J’assiste ainsi à Rigoletto de Verdi en italien sur-titré en roumain le 3 février, et à Flautul Fermecat (La Flûte Enchantée de Mozart en roumain !!! Un grand moment…) le 4 février. Jusqu’à la fin du mois, seront ainsi donnés, entre autres, les Opéras suivants: Simon Boccanegra (avec Le bariton Eduard Tumagian), Cenusareasa, Traviata, Don Quijote, Vaduva Vesela, Aida, Spargatorul de Nuci, Nunta lui Figaro, Tristan su Isolda, Preludiu, La Dipa-Amiaza Unui Faun, Carmina Burana, Madama Butterfly, Giselle, Faust, Cavalleria Rusticana, Paiate, Romeo si Julieta, Liliacul, Barbierul din Sevilla, Lacul Lebedelor… Dans la salle, je rencontre quelques passionnés qui viennent environ trois fois par semaine. Parmi, eux, au premier rang à côté de moi, il y a un gentil monsieur qui cherche à me parler en roumain. Après quelques tentatives, dans plusieurs langues, nous trouvons finalement un langue commune, l’allemand. Je suis très surprise de la manière dont le public manifeste ici son enthousiasme quand une scène lui plaît : les gens applaudissent et la musique et interrompue jusqu’à ce que les Bravo s’estompent. Entre deux actes (avant l’entracte !), le vieux monsieur me prend par le bras et me pousse de force dans les coulisses. Me voilà bientôt dans les décors, puis dans la loge du jeune ténor Mexicain Hector Lopez, interprétant ce soir-là le Duc de Mantoue. Hector et moi nous donnons rendez-vous deux jours plus tard, pour échanger quelques idées sur son métier. Hector Lopez raconte alors… « Ce que j’aime dans le personnage du Duc de Mantoue, c’est la profonde humanité du personnage, derrière le voile d’homme méchant qu’on lui confère. Dans Rigoletto, Verdi nous parle de la complexité des sentiments humains, au-delà de tout manichéisme, pourtant extrêmement efficace à la fabrication du Drame. Ma voix est faite pour l’opéra italien. J’aime pourtant aussi de multiples autres styles. Je commence à aborder le répertoire français, en chantant Faust de Gounod le 20 février. » Je lui fais alors part de ma surprise en découvrant que l’Opéra de Bucarest programme un opéra différent tous les soirs… Hector Lopez interprète par exemple très souvent un rôle différent chaque semaine à l’Opéra national. Hector Lopez explique en ce sens : « Je suis heureux de cette variété. Cela exige beaucoup de souplesse de la part de tous ceux qui font partie du spectacle. En arrivant ici, j’ai découvert un pays très pauvre mais très soucieux de la culture – et de sa culture. Les musiciens ici croient en leur rêve. Ils ont de l’ambition. Pas celle d’être un jour connus, de devenir des vedettes. Mais celle d’ETRE SUR SCENE ! C’est la chose première ici, celle qui compte le plus pour tous : monter sur scène, se maquiller, porter des costumes, interpréter un rôle et en devenir sur quelqu’un d’autre, le temps du spectacle. Le fait d’être sur scène renvoie une énergie qui donne une immense force à l’interprète» Je lui demande alors comment il est venu travailler à l’Opéra de Bucarest. « Avant, j’étais à Mexico. Je suis allé à Barcelone pour le concours Vines. J’ai été remarqué là-bas et invité à Bucarest. J’aimerais rester un peu ici, profiter de la multitude des programmations, et du fait que, de Bucarest, je puisse me rendre aisément dans d’autres villes européennes. J’aimerais aussi, pour sûr, venir à Paris… » Pourquoi chanter ? Lorsque je lui pose cette question, ce jeune ténor prometteur, violoncelliste et juriste de formation, ayant aussi étudié à la psychologie, répond ainsi : « J’avais 23 ans lorsque j’ai commencé à chanter réellement. J’ai continué à mener mes études et ma passion de front. Jusqu’à ce que je m’avoue une chose simple : Le chant, c’est ma vie. Je n’aurais jamais imaginé à l’époque que c’était si difficile. Travail et discipline furent ma devise. Mais aujourd’hui, je peux l’affirmer haut et fort : « Pour moi, chanter, c’est vivre. »
Speranta Radulescu et le musee du paysan roumain 
.
Peut-on parler de « MUSIQUE TSIGANE » ?
Speranta Radulescu, directrice du pôle d’ethnomusicologie du musée du paysan roumain nous fait partager sa réflexion :
J’ai posé cette question à des dizaines, je pourrais même dire des centaines de musiciens Tsiganes. Eux n’acceptent pas qu’on leur fasse endosser n’importe quelle musique comme musique tsigane, même s’ils sont des Tsiganes. Parce qu’eux, ils jouent pour eux-mêmes, mais ils jouent surtout pour les autres groupes ethniques les majoritaires tout d’abord, mais aussi les autres minorités. Alors pour chaque cas, ils prétendent jouer leur musique : la musique des Roumains, la musique des Hongrois, la musique des Ukrainiens, etc. Donc ils n’acceptent pas qu’on dise que leur musique est de la musique tsigane. Peut-être qu’ils jouent de la musique tsigane. Mais il arrive assez souvent que les musiciens Tsiganes qui vivent depuis assez longtemps au milieu d’une communauté de Roumains ou de Hongrois jouent uniquement la musique des majoritaires… qui est devenue la leur… et peut-être la leur dans une plus grande mesure parce qu’en la jouant, ils la font changer, ils y mettent quelque chose d’eux-mêmes. Mais quand même, quand on leur pose la question, ils disent « ça c’est de la musique roumaine ». Ils le disent.
Il ne faut pas leur faire endosser n’importe quelle musique sous le prétexte qu’ils sont des Tsiganes. S’ils sont des Tsiganes, cela ne veut pas forcément dire qu’ils ne jouent que de la musique tsigane. Parce que, pour eux, pour une partie d’entre eux, la musique tsigane est une chose différente.
Et ici les choses se compliquent, car cela dépend beaucoup de la région de provenance des musiciens.
S’ils viennent du fond de la Valachie par exemple, de la campagne, et s’ils ne sont pas des professionnels - parce qu’il arrive souvent que les musiciens tsiganes aient d’autres professions - ils jouent une musique domestique à eux avec des instruments, des percussions particulières, beaucoup de voix etc. - alors c’est LEUR musique, tsigane. Musique qui est complètement différente de celle jouée par les musiciens professionnels, soit pour eux-mêmes, soit pour les Roumains.
S’ils sont des citadins, et s’ils sont des professionnels (mais ce n’est pas si important), alors la musique tsigane pour eux c’est la musique lautaresque : une certaine musique professionnelle, faite par des professionnels pour les fêtes de noces dans lesquelles ne sont impliqués que des Tsiganes. Cette musique est créée pour les Tsiganes, jouée pour les Tsiganes, mais elle peut être aussi jouée pour les Roumains car les Roumains l’aiment cette musique-là. Pour eux, c’est ça la musique tsigane.
Cette musique tsigane est très différente de l’autre, même si les deux coexistent dans la même « province historique » disons.
En Transylvanie, la situation est différente. Pour eux la musique tsigane est celle jouée par les musiciens professionnels, souvent tsiganes, pas forcément toujours, qui consiste en des pièces spécifiques mais aussi en des pièces empruntées aux peuples des alentours (Hongrois, Roumains ou autres), jouées d’une certaine manière : à la manière tsigane. Manière tsigane qui est complètement différente des deux autres que je viens de décrire pour la Valachie.
Il y a encore d’autres musiques qui pourraient être appelées tsiganes. Mais les opinions là-dessus sont tellement divergentes, même celles des Roms, que je préfère les laisser de côté.
Donc, les musiciens Tsiganes peuvent jouer de la musique tsigane, mais ils jouent souvent, et surtout, de la musique qui va très bien pour eux-mêmes ainsi que pour d’autres groupes ethniques, ou une musique qui est vouée à d’autres groupes ethniques.
Donc, toutes les musiques jouées par des Tsiganes ne sont pas des musiques tsiganes.
Ce n’est pas seulement mon point de vue : c’est le point de vue que j’ai appris des musiciens.
Et même je dirais que pour moi la musique tsigane est la musique que la plupart des Tsiganes d’une certaine région considèrent comme étant tsigane. Sur la base de quelques traits que l’ethnomusicologue que je suis puisse les repérer et les expliquer. Je conjugue les deux points de vue : celui des Tsiganes et celui d’une personne extérieure à la culture tsigane, qui est soit moi en tant que professionnelle, soit une autre personne.

De plus, les musiciens Tsiganes jouent de la musique traditionnelle, soit des Tsiganes, roumaine, hongroise ou autres, mais ils jouent aussi d’autres pièces musicales, qui sont aimées par les participants, à une fête de noces - les noces sont les occasions suprêmes pour le jeu des musiciens professionnels -, ils peuvent jouer des romances, des variétés internationales, du rap, autrefois ils jouaient aussi des couplets de vaudevilles etc. Donc des pièces qui n’ont rien à voir, ni avec la musique tsigane proprement dite, ni avec la musique des Roumains, ni avec celle des Hongrois. Autrement dit, le répertoire est large pour satisfaire aux exigences de tout le monde, de leurs régions et des endroits où ils jouent d’habitude.
Alors ça, est-ce qu’on pourrait appeler ça « musique tsigane », pour la simple raison qu’ils la jouent eux… Difficile à dire…

Et encore une chose.
La même musique, par exemple, la musique tsigane de Transylvanie, que je viens de décrire. Certains musiciens considèrent que c’est une musique distincte de la musique des Roumains par exemple, ou des Hongrois. Mais certains autres disent : « ce n’est pas une musique distincte, c’est un style distinct d’exécution ». Style qui consiste dans le jeu un peu plus acide, avec plus de vélocité ; dans les pièces lyriques, plus de sentimentalité etc. Il y a des traits préférés par les Tsiganes. Mais la musique ne serait pas différente, ce serait un style différent de la musique des majoritaires.
Mais ça c’est un point de vue ; l’autre point de vue c’est que c’est une musique différente.

Et vous, en tant qu’ethnomusicologue, comment situez-vous votre recherche par rapport aux musiciens ?
On essaie de comprendre ce qui se passe musicalement dans le pays, comment se transforment les musiques traditionnelles dans l’actualité, et comprendre ces musiques du point de vue des musiciens eux-mêmes. Et pas uniquement du point de vue des musiciens,
Du point de des communautés bénéficiaires de cette musique. On essaie de comprendre comment ils pensent cette musique : ce qui est tsigane, ce qui ne l’est pas ; et puis on a aussi une démarche analytique, pour voir la construction, l’improvisation, les formes fixes, la dépendance de la musique par rapport aux circonstances de la production etc… Donc des choses qui intéressent les ethnomusicologues…

Comment pouvez-vous ensuite partager ces découvertes avec les musiciens ? Est-ce que vous savez un peu comment eux perçoivent ce travail d’ethnomusicologie ?
En fait je ne sais pas très bien. C’est une piste que je dois suivre.
Lorsque j’ai terminé mon livre il y a un an, Chats about gypsy music, j’ai donné ce livre aux musiciens qui ont participé, lors de mes enquêtes et recherches en vue de ce livre, mais franchement, je n’ai pas eu de réaction ou je n’ai pas fait attention.
Je ne sais pas exactement comment ils réagissent, et quelles pourront être les influences de ces réflexions sur leur musique.
Les discussions que j’ai avec les musiciens tournent surtout autour de la musique traditionnelle versus la musique folklorique. Parce que chaque fois que les musiciens ont affaire à quelqu’un qui vient de la soi-disant « musique savante », ils s’imaginent qu’ils doivent jouer de la musique folklorique. Alors ils mettent de côté leur musique habituelle et ils jouent à la manière folklorique pour me faire plaisir parce qu’ils s’imaginent que c’est comme ça qu’il faut jouer « pour les messieurs » parce que c’est ça qu’ils attendent, ce qui est complètement faux d’ailleurs. Parce que la politique culturelle officielle a été pendant très longtemps, disons 50 ans, celle d’imposer aux gens un type de musique folklorisée et figée en la considérant comme la musique idéale.
Alors j’entame des débats assez poussés avec des musiciens. En essayant de leur expliquer que la musique folklorique n’a pas à être considérée comme la version supérieure de la leur. Parce qu’elle ne l’est pas. Mais ce n’est pas évident. Parce que ce qu’on a appris depuis 50 ans, on ne peut pas l’effacer comme ça d’un coup d’éponge. Mais quand même, ils y réfléchissent. Il y a des musiciens qui ont un penchant pour la réflexion théorique qui ont très bien compris ça. Ils sont soulagés tout d’abord, parce que pour eux c’est beaucoup plus facile de jouer de leur musique traditionnelle. Ils sont très soulagés et ils suivent volontiers mon conseil de jouer de la musique traditionnelle. Tandis que d’autres au contraire, opposent de la résistance. Parce qu’ils ne peuvent pas le croire : « ce n’est pas vrai ; cette dame nous dit quelque chose de complètement différent de ce qu’on a entendu toute notre vie. Cela doit être faux. » Alors ils essaient à tout prix de jouer pour moi de la musique folklorique. Dans ce cas, nos chemins se séparent ; je leur dis tout simplement « Au revoir, bonne continuation, ça ne m’intéresse pas… » J’essaye de ne pas avoir de préjugés, mais quand même, en ce qui concerne la musique folklorique, je ne peux pas m’empêcher d’être très réservée et d’éviter les relations avec les musiciens qui préfèrent cette musique ou qui ne savent faire que cette musique.


On voit là à quel point le poids politique passé a encore aujourd’hui des répercussions, même au niveau musical.
En effet, ce poids est énorme…Il y a peu de gens qui s’en rendent comptent. Cette image musicale folklorique c’est une fausse image du paysan. C’est le paysan comme le voulait le régime national communiste : standardisé, sans innovation, sans droit d’initiative… Une musique très figée… A l’opposé des musiques encore symboliques et réellement vivantes, que nous pouvons entendre avec le Taraf des Naïpu...












Le Taraf de Naipu, Roumanie
.
Le Taraf des Naïpu est constitué de Petre Calistrache, 1er violon, chant et cri, Petre Mihaï, 2ème violon, chant et cris, Marim Duzteu, chant, Alexandre Beurle, accordéon et chant, Gheorge Stan, cymbalum et Nicolas Dutzeu, à la contrebasse.
Rencontré le soir de leur concert au Green Hours, un club de jazz de Bucarest, les musiciens évoquent leur identité et précisent le répertoire qu’ils jouent. Petre Calistrache se dit ainsi « Tsigane Lautar », ce qui le distingue des autres Tsiganes.
Selon Bernard Lortat Jacob, la présence des Lautars en Roumanie est attestée dans des chroniques du Moyen-Âge. Les Lautars étaient des Tsiganes esclaves au service de la cour pour jouer de la musique. Petre Calistrache insiste sur le fait que les musiques qu’il joue sont des « musiques roumaines authentiques ». Musiques longtemps étouffées sous la période communiste qui se différencient des musiques folkloriques, de structure figée, réprimant toute liberté individuelle.
Le répertoire que me font découvrir les Lautars de Naïpu est en grande partie constitué de chants épiques très anciens, appartenant à une forte tradition musicale roumaine.
De la musique roumaine jouée par des Tsiganes… C’est une idée encore controversée aujourd’hui en Roumanie. Déjà au début du siècle, Bartok et Braïolu n’enregistraient pas de musiciens Tsiganes, prétextant une recherche de « l’authenticité ».
Pour Patrick Williams, ce sont les Tsiganes qui font perdurer certaines traditions musicales des peuples avec lesquels ils cohabitent. Bien entendu, ils s’approprient ce répertoire et le jouent à leur façon. Williams défend cette idée dans de nombreux articles, notamment dans la revue Etudes Tsiganes.
Découverts par Florin Jordan, ethnomusicologue au musée du paysan roumain, les musiciens du Taraf de Naïpu viennent d’un petit village nommé Naïpu, près de Bucarest.
Speranta Radulescu, ethnomusicologue et directrice du laboratoire d’ethnomusicologie au musée du paysan roumain, m’a raconté comment Florin Jordan et elle avaient connu ces musiciens.
Dans les archives de l’institut folklorique à Bucarest, Florin découvre des enregistrements attestant la présence de grands musiciens dans le village de Naïpu. 70 après ces enregistrements, Florin et Speranta décident d’aller voir sur place si la tradition musicale a perduré. Ils s’installent dans l’unique café, centre névralgique du village et interrogent les clients. Dix minutes plus tard, les musiciens rassemblés autour d’eux commencent à entonner des mélodies avec une énergie débordante. C’est le début d’une fructueuse collaboration : suivront alors concerts, enregistrements etc.
Du 15 au 28 février, le Taraf de Naïpu a sillonné la Suisse lors d’une tournée de 15 jours orchestrée par Speranta Radulescu : une série de concerts auxquels se sont ajoutées des conférences et des interventions dans des écoles de Genève sous forme d’ateliers, pour initier les jeunes à ce répertoire, ce style, ses modes de jeux et ses instruments.
Pour les découvrir, cliquez sur « Ecouter » !













Elena Macagon pianiste etudiante au Conservatoire de Bucarest 
.
C’est à l’institut français de Bucarest que je rencontre Elena. Elle est venue assister à l’atelier que j’anime, autour des interactions entre les arts. Nous sympathisons et décidons de nous retrouver quelques jours plus tard pour discuter plus longuement. Nous nous donnons rendez-vous au Conservatoire de Bucarest. Lorsque je la retrouve à 10 heures, elle travaille déjà depuis un moment… Elle me joue un Prélude de Chopin, puis une pièce de Gerschwin, qu’elle aime jouer pour elle. Les programmes sont assez importants au Conservatoire. Pour son concours de fin d’année, cinquième et dernière année, elle doit monter deux Sonates, et un grand programme pour piano seul. Elena a déjà passé tous les examens des disciplines annexes au piano mais pourtant indispensables pour réussir le concours de dernière année : histoire de la musique, esthétique, histoire de l’art etc. Il lui reste donc à présenter les épreuves de piano et musique de chambre en fin d’année.


Elena a 23 ans. Elle vient de Moldavie. Elle a quitté son pays lorsqu’elle est rentrée au Conservatoire de Bucarest, il y a 5 ans. Depuis, elle vient tous les jours au Conservatoire pour travailler son piano. Elle raconte qu’elle doit arriver pour l’ouverture du Conservatoire tous les matins, à 6h30, afin d’obtenir une salle pour travailler jusqu’au moment où arrivent les professeurs. Elle libère alors la salle et retourne au Conservatoire le soir. Elle n’a pas de piano chez elle et il serait de tout façon impossible de travailler dans sa camine, étant donné qu’elle partage sa chambre avec trois autres étudiantes. Elle dit s’être habituée à ce rythme, depuis 5ans…
« Au Conservatoire, il y a une très bonne ambiance nous dit Elena. Nous nous motivons et nous entraidons tous pour travailler. Les professeurs nous soutiennent énormément. Et il est très facile de faire des concerts ici. Nous pouvons jouer autant de fois que nous le voulons tous les ans. En revanche, pour jouer dans les salles de concert de Bucarest à l’extérieur du Conservatoire, c’est plus difficile. Car la concurrence est rude, et il est presque impossible de s’occuper de l’organisation de ses concerts sans relâcher le travail de son instrument. »



Elena trouve que les possibilités sont nombreuses pour assister à des concerts et des événements culturels. En tant qu’étudiante en musique, elle ne paye aucune entrée aux concerts. Elle aime particulièrement se rendre à l’Athénée pour écouter des concerts de musique classique, et dans des clubs de jazz, comme le Green Hours, pour écouter des jazzmen qui sont souvent ses amis du Conservatoire.
Le Conservatoire est en effet doté de classes de jazz, comme de composition, de musicologie, etc. Mais les études de son ou de danse se font ailleurs.


Elena souligne la différence qu’elle ressent constamment entre les étudiants en musique et « les autres » : « Les autres ne comprennent pas pourquoi je m’inflige ce rythme, pourquoi j’ai toujours du travail, pourquoi je dois toujours me soucier de mes études, au quotidien, sans relâche. Dans ma famille, personne n’est musicien professionnel. On me fait souvent des remarques du type : pourquoi donc as-tu choisi la MUSIQUE ?! » « Mais maintenant, nous dit Elena, je n’ai plus à me justifier. J’ai réellement choisi ce métier. Je ne me vois pas faire quoi que ce soit d’autre. La musique est devenue ma vie. Et je me réjouis que mon futur métier soit une passion. Tous les jours, je peux dire que je fais ce que j’aime. Le piano me permet déjà de gagner un peu ma vie. Je joue très souvent pour des chefs d’orchestre, les partitions d’orchestre. Pendant un temps, je donnais des cours de piano à des tous petits. Mais ce n’était pas une vocation. Je préfère jouer. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est la musique de chambre. Et tout particulièrement la sonate. C’est très difficile de gagner sa vie avec la musique de chambre. J’envisage donc de devenir pianiste accompagnatrice aussi. Parce que j’aime beaucoup accompagner. J’accompagne des chanteurs et des classes de chants déjà. Et pourquoi ne pas tenter de faire ce métier à l’étranger ? J’aimerais vraiment venir en France, notamment. En septembre prochain, je présenterai les concours pour entrer en perfectionnement au Conservatoire de Paris ou de Lyon… » Elena s’exprime dans un français excellent. Je ne l’ai pas rencontrée pour rien à l’institut français… Alors on se souhaite bonne chance pour les prochains challenges et toutes les réussites possibles pour l’avenir à long terme. Rendez-vous dans quelques mois à Paris, chère Elena…













Mihaï Namol, Chanteur Tsigane Lautar, Bucarest.
.
Le grand chanteur de musique lautaresque Mihaï Namol, entouré de son fils et de son petit-fils sur la photo, nous reçoit Héloïse et moi pour nous parler de sa musique.


Il a enregistré de nombreux Cds et cassettes durant sa carrière. Mais vous trouverez difficilement ces derniers dans les bacs de vos disquaires les plus proches. Très réputé chez les Tsiganes de Roumanie, Mihaï Namol chante surtout pour les fêtes, durant les mariages notamment.

Il nous parle des chansons qu’il interprète :
« le répertoire des « musiques à écouter » est en grande partie constitué de chansons tristes appelées « supara », de « horas » lentes, vocales ou instrumentales. Les thèmes de la famille et de l’enfance sont particulièrement courants.»

Mihaï Namol illustre ses propos avec la chanson « Foaie verde foiae de prazâ », une chanson qu’il a apprise de son grand-père. Il évoque son père et la sœur de son père qui connaissaient très bien les paroles de toutes ces chansons. Tous ne sont pas dans leur cas : beaucoup ont oublié une partie des textes. Mihaï Namol insiste sur la transmission orale qui semble être toujours de mise pour la conservation de ces chansons. Il raconte que la musique a rempli sa vie très tôt : il n’est pas allé à l’école. Il jouait dans les mariages pour gagner de l’argent.
« Mon petit-fils, lui, a bénéficié d’autres conditions… Je ne suis pas Musikants, je suis Lautar, insiste Mihaï Namol. Je ne lis pas les notes. »


A eux trois, Mihaï, son fils et son petit-fils représentent trois catégories de musiciens en Roumanie.
Mihaï est Lautar.
Son fils est Musikants : il joue des Manele, chansons très populaires actuellement en Roumanie, où le plus grand représentant du genre, vendant des milliers de disques, se nomme Adrian Copilul Minune.
Le petit-fils de Mihaï Namol, lui, est très jeune, mais déjà grand Musicien. Il travaille assidûment le répertoire classique (sur partition), au piano et appartient ainsi à une troisième catégorie d’interprètes, selon Mihaï Namol, celle des Musiciens.



Mais une chose rapproche tous les interprètes nous dit Mihaï Namol : « certes, tous les grands artistes ont du talent. Mais, avant tout, ils ont tous énormément travaillé, et ne cesseront de travailler. » Pour Mihaï Namol, le célèbre « don » des musiciens Tsiganes est un mythe. « Derrière le talent, il y aura toujours le travail. »


Lorsqu’on demande à Mihaï Namol de nous parler d’une des chansons qu’il aime particulièrement, il évoque la chanson intitulée « Om Bogat si on savac » : « cette chanson parle d’un homme pauvre qui était heureux et d’un homme riche qui était triste car il n’avait qu’un seul palais… »
Le calme et la sagesse de cet homme m’impressionnent.
Héloïse me traduit heureusement ses dires. Sans elle, une telle rencontre aurait été impossible : elle connaît sa musique comme peu de gadje…



Nous l’interrogeons ensuite sur les grands moments de sa carrière. Pour lui cette question n’appelle qu’une réponse : « Sans hésitation, j’aime bien jouer avec tous les musiciens. Et j’aime particulièrement Romica Puceanu et Gabi Lunca. Mais les meilleurs moments de ma carrière ont eu lieu en jouant avec mon père…puis ensuite, avec mes fils.»













Attila Demircioglu, ou la chanson francaise voguant jusqu au Bosphore 
.
Au moment de mon séjour en Turquie se déroule le premier concours de chanson francophone à l’institut français d’Istanbul en partenariat avec tous les autres instituts et alliances françaises du pays. Je m’y rends, par simple curiosité… et rencontre ainsi l’un des membres du jury, Attila Demircioglu, l’un des principaux représentants de la chanson française en Turquie. Nous nous retrouvons quelques jours plus tard, pour discuter dans son bureau de l Université Galatasaray, avec vue sur le Bosphore… Une belle source d’inspiration pour ce chanteur-compositeur-interprète qui est aussi chargé de cours dans cette université francophone réputée, après avoir suivi des études de linguistique et de sémiologie à l’Université de Strasbourg. Le monde est si petit ?!




« J’ai mené ma passion pour la musique et mes études puis mon travail en parallèle. Au lycée, je faisais partie du groupe de rock de l’Université Galatasaray. Maintenant, c’est moi qui m’occupe des initiatives musicales des jeunes ici. » Dès le lendemain, dans le salon de musique de l’Université Galatasaray, eut lieu une master-class de jazz pour les élèves de la fac, toutes disciplines confondues, donnée par un professeur Français, Philippe Poussard. En quelques jours seulement, je pus ainsi juger par moi-même de l’excellence et de la multiplicité des projets en cours, pour des étudiants de toutes disciplines !




Attila Demircioglu revient sur le lien si particulier qui unit certains Turcs à la France :
« Des générations ont été bercées par les chansons de Johnny Hallyday, Sylvie Vartan…
Autrefois, comme de nombreux jeunes, j’étais abonné à Salut les Copains ! Cet engouement pour la mode et les arts français n’a pas cessé aujourd’hui. Le rayonnement de la chanson francophone en Turquie est là pour en témoigner. »
Attila Demircioglu s’en réjouit, constatant que le répertoire de la chanson française ne plaît pas seulement aux gens de sa génération. Le concours organisé dans toute la Turquie – les sélections ont lieu dans tous les instituts français du pays – le prouve avec succès.
« La gagnante du Lycée Galatasaray, à 15-16 ans, avait choisi une chanson d’Edith Piaf. C’est encourageant et prometteur, nous déclare ce musicien passionné, interprétant de la chanson française depuis longtemps : Cela fait 30 ans que je chante des chansons de Moustaki par exemple. Moustaki et moi sommes maintenant amis depuis une quinzaine d’années. »




Attila Demircioglu termine en ce moment même un album de chansons de Moustaki en Turc : non pas un album de chansons traduites, mais un album composé d’interprétations nouvelles et différentes de chansons devenues quasiment des hymnes. Parmi les chansons que vous trouverez chez tous les bons disquaires dès le mois prochain, vous pourrez donc (re)-découvrir : Ma Solitude, Chante ta nostalgie, Il est trop tard, Ma liberté, Tout reste à dire, Il faut voyager… Et bien d’autres encore !
Pour ces nouvelles versions, Georges Moustaki et Attila Demircioglu travaillent ensemble par téléphone. A l’occasion d’une de leurs conversations, Moustaki dit ainsi : « En écoutant ces nouvelles versions, j’ai l’impression d écouter tout à fait autre chose » Georges Moustaki va pourtant participer aussi en chantant lui-même sur le disque.
L’idée est venue à Attila Demircioglu en 1998. « A Paris, lors d’un concert j’ai pu entendre des chansons de Moustaki interprétées en différentes langues : russe, polonais, italien par exemple. »
Interprète des chansons de Moustaki en français depuis des années, Attila Demircioglu a donc relevé le défi en Turc, donnant de nouveaux visages à ces chansons. Notre double patrimoine, franco-turc, s’enrichit encore.
Les yeux tournés vers le Bosphore, on entend monter un chant clair et touchant, celui né des amitiés nouées entre la Turquie et la France, et celui des échanges culturels à venir.













Narin Gagliyan : du savoir-faire a la grace. Turquie.
.
A la suite du Djem Alevi (voir Carnets de voyage), je découvre, chez la famille qui nous accueille généreusement, une voix venue d’un autre monde. C’est Narin Gagliyan, une jeune fille de 18 ans, musulmane alevi, qui chantera en s’accompagnant de son saz, dans le salon familial, jusqu’ à plus de 3 heures du matin.
Grâce à l’immense aide de Jérôme Clerc qui accepte de traduire mes questions et les réponses de la jeune chanteuse, je peux comprendre un peu mieux certains éléments de cette pratique musicale, profondément liée à la religion alevie. Encore un grand merci à Jérôme, sans qui rien n’aurait été possible.




Comme la plupart des musulmans alevis pratiquant cet art, Narin apprit à jouer et chanter avec les Asiks, dans l’association de sa communauté, depuis 12 ans. Avant même de savoir lire, les enfants connaissent les chants. La poésie alevie est dotée de milliers de vers du XVIème au XXème siècle, rythmant la vie et structurant la pensée comme la musique des croyants.
L’enseignement des maîtres permit à Narin d’acquérir un savoir-faire incomparable, auquel sont venues s’ajouter la culture et la connaissance des auteurs et poètes, qu’elle a faites fructifier et continue d’enrichir, en écoutant des cassettes chez elle.




Narin Gagliyan joue l’instrument national, celui par lequel tout apprentissage d’un instrument commence en Turquie, mais celui du culte surtout. Lorsqu’elle joue pour des mariages ou des fêtes, il lui arrive aussi de jouer du piano. Mais en dehors des réunions familiales, elle joue essentiellement pour les Semah, équipe associative faisant des représentations de danses sacrées. Le noyau créatif des musulmans Alevi rencontrés ici est en effet constitué en une association, créée par les gens originaires d’une même région de Turquie, une fois installés dans le même quartier d’Armutlu à Istanbul. L’association est donc à la fois religieuse et régionale. Le langage musical de cette région est étranger aux groupes issus d’autres régions du pays, et inversement.
Narin joue dans les soirées de l’association qu’on appelle les « Nuits ». L’association culturelle joue aussi un rôle d’aide sociale, pour les enfants en difficultés et handicapés notamment. Les bénéfices des concerts sont intégralement utilisés pour des aides directes aux gens de la communauté (opération, aides alimentaires et médicales et soutiens de différentes sortes). Des « Nuits », fonctionnant sur le même principe, sont même organisées pour récolter l’argent nécessaires aux activités sportives des membres de l’association !
Comme tous les autres musiciens de l’association, Narin ne touche aucun cachet pour ses prestations. Elle joue et chante bénévolement, mais considère cela comme un travail à part entière : « Pour moi, c’est un deuxième travail. J’accorde sérieux et importance à cette fonction. »




Narin Gagliyan joue aussi dans le cadre de Festivals, concept nouveau, né il y a une quinzaine d’années en Turquie et ne cessant, comme le tissu associatif, de croître depuis. Les Festivals sont majoritairement régionaux, et ont souvent lieu dans de petites villes de la région dont l’association est originaire. Certains Festivals ont tout de même lieu à Istanbul.
Tous ces événements représentent les principaux espaces et temps de jeu pour Narin.
« Quand j’étais plus jeune, je jouais aussi souvent de la musique avec de nombreux autres jeunes. Mais je suis aujourd’hui une des seules à continuer de pratiquer assidûment, parallèlement à mon travail. Comme moi, beaucoup de filles travaillent dans des ateliers de confection de textile. Le plus souvent, elles arrêtent faute de temps et d’énergie. Je tiens absolument à continuer la musique de cette manière, avec exigence, passion et surtout, foi. C’est mon deuxième métier, mais c’est vital.




Narin me dit que si elle devait retenir un poète parmi tous ceux qu’elle apprécie, elle choisirait Mashuni Serif, célèbre chez les alevi, pour son caractère engagé. Engagé ne signifie plus ici « politiquement engagé », mais « engagé vers le politique », au sens premier du terme : art de faire vivre les hommes ensemble. Et ainsi, les musulmans alevis d’aujourd’hui puisent chez les grands poètes du XVIème au XXème siècle leur terreau de réflexions. De cette source naissent discussions et interrogations sur la part sociale et politique du monde actuel. Leur art et leur religion sont pour eux enracinés comme arbre à terre.
L’humanisme qu’ils revendiquent s’est reflété dans les parole prononcées lors du Djem du 27 février (Voir Carnets de voyage) : «Notre bible, c’est l’être humain.»
















« Rikhi Ram Family », un siècle de facteurs d’instruments. 
.
A Connaught Circus, New Delhi, se trouve l’atelier d’instruments de musique le plus réputé du pays.
Les représentants de cette grande famille de facteurs d’instruments à cordes indiens, Dass Bishan et son fils Ajay, ont hérité du nom et du savoir-faire transmis depuis quatre générations.

Quand cette histoire de famille débute-t-elle ?

Le fondateur de l’entreprise, Rikhi Ram Sharma, apprend le sitar et le chant auprès du grand maître Ustad Abdul HARIM POONCHWALY. Nous sommes en 1910 à Lahore, située dans l’actuel Pakistan. Rikhi Ram Sharma commence à y exercer son art dans la facture d’ instruments d’exception.

Des 1920, les plus grands musiciens Indiens, tels GHULAM ALI KHAN, Pt. OMKAR BARKHAT ALI KHAN, USTAD SALAMAT ALI et NAZAKAT ALI KHAN, Pt. NARAYAN ROA VYAS, GULAM HYDER, JANDE KHAN, S.D. BATISH se rendent régulièrement au magasin de Anarkali, Lahore.

Au moment de la partition de l’Inde en 1947, Rikhi Ram Sharma quitte Lahore pour New Delhi.
Le fils de Rikhi Ram, Bishan Da Sharma, disciple du célèbre sitariste RAVI SHANKAR, rejoint très tôt son père à l’atelier. Son goût pour le travail, la recherche sonore, et l’expérimentation, asssocié à une grande connaissance du jeu instrumental font tendre le métier familial vers une qualité toujours plus remarquable, à laquelle s’ajoute l’innovation.

En 1970, Shri BISHAN DA SHARMA réalise un tour du monde, qui lui permet d’acquérir de nouvelles techniques de facture, notamment d’instruments occidentaux.
Shri Bishan de Shara fait fructifier cet apprentissage à son retour en Inde, en adaptant son savoir-faire, désormais plus complet, à la facture des instruments classiques à cordes indiens.

L’exploration sonore continue, avec Ajay Sharma, son fils, qui place son talent de musicien et sa connaissance parfaite de l’instrument au service du métier familial.
Je rencontre Dass Bishan et Ajay dans leur magasin de Connaught. Lorsque j’entre dans le magasin-atelier, Dass Bishan est en train de travailler sur le sitar de Ravi Shankar.
Dans des vitrines sont accrochés des bijoux, représentatifs de leur talent. Les Rikhi Ram fabriquent tous les instruments à cordes de la musique classique indienne.
Cordes pincées : sitar, surbahar, sarod, tanpura, veena, santoor, swarmandal, do-tara. Instruments à cordes frottées : sarangi, esraj, nilruba.

Depuis quatre générations, Rikhi Ram ne s’est jamais contenté d’appliquer des « recettes », en copiant de bons modèles. Chaque instrument a ses particularités évidemment.
Mais surtout, Rikhi Ram crée et innove. Bishan Dass et son fils Ajay me font ainsi découvrir l’ « ovation sitar », de leur invention. Inventée pour rendre la vie plus facile aux grands musiciens se déplaçant sans cesse, dont les concerts nécessitent parfois une amplification et parfois non.
Les Rikhi Ram ont donc inventé le sitar électro-acoustique, aux qualités sonores identiques au sitar traditionnel, mais bénéficiant d’une option supplémentaire si besoin : un système d’amplification, qui n’altère pas le son d’origine. De nombreux sitaristes utilisent déjà cet instrument, dans le monde entier.
L’immense talent des Rikhi Ram n’est plus à démonter. En 1998 par exemple, Bishan Dass se voit couronne de la plus grande récompense décernée normalement aux musiciens, le Sangeet Natak Academy Award, remise directement des mains du Président Indien K.R. NARAYANA. Ce sera le prix de la créativité, dans la facture des instruments de musique, créé pour lui…


Bishan Dass et Ajay disent tout devoir aux musiciens eux-mêmes, et particulièrement aux grands artistes, qui passent du temps à expliquer leurs requêtes sonores - celles-ci évoluant avec le temps.
Bishan Dass explique ainsi : « j’éprouve un respect particulier pour PANDIT RAVI SHANKAR, USTAD VILAYAT KHAN et USTAD AMJAD KHAN, qui nous ont tant apporté. Grâce à eux, notre savoir-faire a la chance de pouvoir se perfectionner, évoluer et rester toujours créatif. Avec eux, nos instruments parcourent le monde. Et chaque musicien revient toujours, avec des attentes précises et des challenges toujours plus passionnants du point de vue de la recherche des timbres.
Nos deux maîtres-mots sont « qualité et innovation ». Mais nous devons tout aux musiciens et gourous, desquels nous avons tout appris, et ne cessons d’apprendre encore aujourd’hui.
Le reste, c’est un secret de famille… »


Dans l’atelier de Connaught Circus, plusieurs employés et apprentis travaillent avec les Rikhi Ram. Ajay Bishan précise ce point : « nous ne travaillons pas tous seuls. Tout d’abord parce que nous avons besoin de main-d’œuvre, aussi parce que nous tenons à transmettre notre savoir-faire. Mais certains secrets de fabrique ne quitteront jamais le cercle familial. Les apprentis qui travaillent ici ont tous des dispositions particulières, pour exercer l’une o u l autre tache. Ils sont tous spécialisés. Nous seuls, les Rikhi Ram, maîtrisons la facture de chaque instrument de l’alpha à l’oméga. Les dernières finitions sont d’ailleurs toujours et sans exception faites par nous-mêmes. Nos gestes, notre coup d’œil et notre oreille ont été exercés depuis notre plus tendre enfance. Nous avons ces instruments dans le sang. »

Voila pourquoi, pour chacun des Rikhi Ram, la question de l’exercice d’un métier ne se pose pas en ces termes. Lorsque je demande à Ajay Bishan s’il aurait aimé ou pu avoir une autre profession, la réponse est simple : « Oui, j’aurais pu devenir sitariste, c’est certain. Mais j’aurais été un sitariste de plus. Le métier que j’exerce aujourd’hui m’a ete facilité par ma profonde connaissance de l’instrument. Quand on est issu d’une telle famille, on est riche d’un si grand trésor… Il n’y a aucune hésitation possible. »

Pendant la discussion mes yeux ne peuvent s’empêcher de se perdre dans les dizaines de photos décorant les murs de cet atelier-musée. Sur les murs, on peut voir les Rikhi Ram entourés des plus grands musiciens classiques Indiens (voir galerie sur le site internet des Rikhi Ram).
Et surprise, on découvre aussi les Beatles dans ce même atelier de Connaught Circus, ou à Londres, en compagnie des Rikhi Ram.
Pour Ajay Bishan, ce fut un des moments les plus forts de sa carrière. Les quatre Beatles se rendent à l’atelier en 1966, où débutera une longue collaboration. Les Rikhi Ram feront un sitar pour George Harrison, un sarod pour John Lennon, une tempura pour Paul Mc Cartney, et des tablas pour Ringo Star. C’est avec George Harrison que Ajay Bishan restera le plus lié, allant le voir à Londres et continuant de régler son instrument, que George Harrison jouera jusqu’à sa mort.

« Rikhi Ram Père », Dass Bishan me raconte à son tour ce qui représente pour lui le plus grand moment de sa carrière. En 1995, un grand concert est organisé au Kamani auditorium de Delhi, pour les 75 ans de Ravi Shankar.
Ravi Shankar commence son récital. Soudain il est gêné par quelques problèmes qu’il ne parvient pas à régler sur son instrument. Au lieu d’interrompre momentanément le concert pour gérer ces difficultés passagères en coulisses, Ravi Shankar appelle Dass Bishan directement sur scène, et lui rend hommage.
Dass Bishan est sûr d’une chose : « ma plus belle récompense, c’est le remerciement des musiciens. L’alchimie a lieu là : quand un instrument parvient à servir le talent d’un musicien, et la pureté du son. »














Chansons enfantines, de l Inde au Nepal...
.
Lors de mon passage à Benares, je rencontre un couple de Français, Marie-Christine et Jérôme Chaumié, sur le point de rejoindre le Népal et d’y retrouver les enfants et les familles de musiciens avec lesquels ils ont déjà travaillé. Jérôme Chaumié joue du violon.
« C’est presque toujours autour d un moment de musique partagé, que mes rencontres se sont consolidées en amitiés en Inde et au Népal » me raconte-t-il.
De certaines de ces rencontres a pu naître un Cd, qui regroupe des comptines et des chansons enfantines, enregistrées sur le vif en Inde du Sud et au Népal. A ces trésors de spontanéité s’ajoutent des chansons françaises, composées par Jérôme Chaumié et interprétées par le Petit chœur de l’école de musique de Cahors. L’enregistrement de ce CD a permis aussi aux enfants qui y ont participé de découvrir d’autres modes d’expressions, lointains certes, mais chargés d’une émotion hors du commun.



Quel est le but de cd Cd ?
« Les bénéfices de ce Cd vont à trois associations :
- Pour Chandroya, qui accueille des enfants des rues de Kathmandou, il apportera un soutien matériel. Mais au-delà, ces enfants ont besoin avant tout « de reconnaissance et de dignité », explique le responsable du centre. Leur chant est le cœur de ce CD.
- Des dizaines d’orphelins attendent une maison à bâtir pour y vivre et un potager pour y manger. L’association Indreni les aide à s’organiser. Ce CD leur paiera le toit.
- Ecoliers du monde parraine des enfants pour leur scolarité. Quelques enfants de plus iront à l’école.


Les regards qui chantent à Kathmandou, à Cahors ou en Inde portent la même joie, leurs voix prisent sur le vif nous incitent au partage. Elles susciteront peut-être d’autres idées de rencontres et d’échanges. »

Après une telle rencontre, je suis tentée d’accompagner les Chaumié sur leur terrain au Népal. Mais le temps me manque. Je n’irai pas cette fois. Cette rencontre ne m’a pourtant pas laissée indifférente. J’ai donc choisi de vous la faire un peu partager…
Vous trouverez donc dans la partie ECOUTER de ce site, quatre chansons extraites du CD :



1. SHIVARATRI : « Ferveur et joie de jeunes filles, un moment de liesse au milieu des saddhus. Elles chantent au pied du temple de Pashupatinath à Kathmandu, le jour de la fête de Shiva. »

2. LES COULEURS : « Un chant composé par Jérôme Chaumié, interprété par le petit chœur de l’école de musique de Cahors.

3. NEPALI : D’où vient cette voix si pure, si parfaite pour chanter la beauté de son pays ? « Bishu avait dix ans, son père Viba l’accompagne aux tablas. Dans la pièce, les oncles, le grand-père, tous de grands musiciens Newar nous ont invités à partager un moment de musique. »

4. GHOR BATA GABYO : « Ils vivent à Kathmandou, une force de vie intense se dégage de leur présence. Ces enfants nous ont reçus dans leur lieu d’accueil : Chandrodaya. Cette chanson, ils l’ont écrite eux-mêmes, elle parle de leurs peines et de leur vie dans la rue. »
L’HYMNE DES ENFANTS DE CHANDRODAYA

GHAR BATA BAYO (Enfuis de la maison)

Enfuis de nos maisons nous sommes arrivés
Pour souffrir ici la douleur de la rue
Et nous y vivons
Et qui peut entendre nos pleurs

Parfois comme Khalasi, parfois comme mendiant, on doit travailler
Parfois aussi nos poches sont complètement vides
Nous vivons dans la rue
Et qui peut entendre nos pleurs

Les saints mendiants arrivent, ils se décorent le visage
Pendant que notre vie s’éteint à rester dans la rue
Et nous y vivons pourtant
Et qui peut entendre nos pleurs

La police est arrivée pour nous battre avec leurs matraques
La fourgonnette nous a emmenés au poste
Nous vivons dans la rue et qui peut entendre nos pleurs

Dans le froid terrible et glacial de Kathmandou
Combien de temps passons-nous dans les étroites ruelles
Nous vivons dans la rue
Et qui peut entendre nos pleurs

Maintenant nous n’habitons plus dans la rue
Une organisation nous a ramenés dans nos villages
Nous avons vécu dans la rue
Et qui peut entendre nos pleurs














En memoire de Pandit Kaviraj Ashutosh Bhattacharya 
.
Durant la nuit du 17 mars, j’ ai pu assister a une soiree musicale hors du temps.


Difficile de parler encore de « concert ». L’événement avait lieu en hommage à un grand musicien, joueur de tabla, gourou respecté pour son talent et sa sagesse, Pandit Kaviraj Ashutosh Bhattacharya.
A Tulsi Gatt, Benares, ce soir là, je n’assistai plus à un concert. Je fus comme transportée dans une cérémonie, un hommage rendu sacré par des musiciens et sages jamais rencontrés.



Shen Flindell, grand musicien Australien, jouant maintenant des tablas à Tokyo et venu à Benares pour le concert du 17 mars 2005, fait un court discours à l’intention du public qui ne comprend pas l’hindi, le soir du concert. Voici quelques extraits de son discours, prononcé sur scène :
« Pandit Kaviraj Ashutish Bhattacharya est né le 17 mars1917. Aujourd’hui, il aurait 88 ans. Très vite, étant enfant, il se revele doté de qualités particulières.

Sa famille est une grande famille de médecins. Sa mère et sa grand-mère lui demandent donc d’étudier la médecine et de suivre la tradition.
Il se rend à Delhi pour étudier la médecine. Tout en suivant ses études, il continue à pratiquer les tablas en grand professionnel : enregistrements réguliers pour All India Radio, concerts avec Ravi Shankar, Ustad Vilayat Khan etc, enseignement le week-end.
C’est ainsi qu’il devient un grand médecin en même tant qu’un talentueux musicien, jouant avec les plus grands artistes des années 50 et 60.
Lorsque je me rendais à mon cours de tablas, dans sa maison à Benares, j’étais subjugué par les nombreuses photos de concerts, retraçant les grandes étapes de sa carrière.
L’une d’entre elles me fascinait plus que toutes les autres : 1952, Calcutta. Tous les plus grands musiciens y sont rassemblés.

Quand je l’ai rencontré il y a dix ans, j’ai tout de suite senti combien c’était un homme hors du commun. Je me suis toujours senti très honoré de le connaître. Il nous a quitté il y a un an, en février. Ce concert, organisé par ses étudiants, a donc lieu en sa mémoire.
Je suis extrêmement touché et fier d’être là aujourd’hui…Tant de grands musiciens sur cette scène. Et tant de grands musiciens dans le public…Tant de gens que je respecte plus que tout.
En particulier, Debu, Bhattacharya, l’un de ses fils, mon premier professeur, qui vit à Melbourne.
Pour être vraiment honnête, je me sens comme un enfant, cherchant à marcher auprès de géants sur cette scène. »

Les artistes qui participent à cette nuit du 17 mars sont :
Sitar :
Padwa Bhushan (Delhi)

Tabla Solo :
Pt. Ramji Mishra (Benares)

Kathak Dance :
Smt. Vaswati - Mishra (Delhi)

Sarod :
Sri Pankaj Deva Sircar (Calcutta)

Chant :
Dr. Aditi Charaborty (Calcutta)

Santoor :
Sri Setsuo Miyashita (Japon)

Accompagnés de :
Tabla :
Sri Paviwal Bhattacharya (Calcutta)
Sri Govinda Chakraborty (Delhi)
Sri Kistan Ram Dohakar (Benares)
Sri Sanjay Mishra (Benares)
Sri Volai Mazumdai (Delhi)
Sri Shen Flindell (Australia)

Sarangi :
Sri Santosh Mishra (Benares)

Harmonium:
Sri Arif Ali (Delhi)

Parhant :
Kumari Ipshita Mishra (Benares)

Sarangi :
Sandip Mishra (Benares)

Garangi :
Sangit Mishra (Benares)


Vous pouvez retrouver des extraits du concert dans la partie Ecouter du site Internet. Toutes mes excuses pour la qualité sonore de ces enregistrements en mp3…
Voilà en tout cas les premières traces, en attendant mieux, à mon retour…

Pour en savoir un peu plus sur ma rencontre avec la famille Bhattacharya, rendez-vous dans mon Carnet de voyage.










Les instruments des Rikhi Ram entre les mains de grands musiciens. Illustration : concert de Shujaat Husain Khan au Kamani Auditorium de Delhi
.
Shujaat Husain Khan est un des plus grands musiciens classiques du Nord de l’Inde.
Grâce à la Famille Rikhi Ram (voir Portraits precedents), qui lui fait ses instruments, je me rends à un de ses concerts au Kamani Auditorium de New Delhi.
Shujaat Husai Khan appartient à la tradition de Imdad Khan (Imdad Khan gharana) du sitar. Il est le septième d’une lignée non-interrompue des plus grands maîtres de sitar.
Son style, désormais connu sous le nom de gayaki ang, imite les subtilités de la voix humaine.

Shujaat Husain Khan est le fils et disciple du maitre de sitar Ustad Vilayat Khan. La tradition se perpétue depuis son arrière-arrière-grand-père, Ustad Sahebdad Khan, puis osn arrière grand-père, Ustad Imdad Khan et son grand-père UStad Inayat Khan.

A l’âge de trois ans, Shujaat Husain Khan commence à pratiquer le sitar avec un instrument spécialement conçu pour sa petite taille. A six ans, l’enfant prodige commence à donner des concerts publics. Depuis, il s’est produit dans les plus grandes salles du monde, et dans les Festivals les plus renommés, en Inde comme ailleurs.

Shujaat Husain Khan a développé un style de jeu pour la musique pour la musiquez classique indienne.
Son approche du rythme est très intuitive, son jeun, frais et spontané, ne cesse de surprendre l’audience.
Il est aussi connu pour sa voie exceptionnelle, qu’il emploie pour interpréter des chansons populaires et des poèmes chantés.

A l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Inde, Shujaat Husain Khan fut choisi pour jouer au Carnegie Hall (New York), au Paramount Theatre (Seattle) et au Myers Symphony Theater (Dallas). Dans la continuité de cette commémoration, les Nations Unies lui décernèrent le prix spécial de l’artiste soliste représentant de l’Inde et l’invitèrent à se produire à l’Assembly Hall de Genève.

Parmi ses prestigieuses apparitions, l’on peut compter : le Royal Albert Hall de Londres, le Royce Hall à Los Angeles et le Congress Hall à Berlin. IL se produisit en soliste avec l’ Edmonton Symphony Orchestra. Sa riche participation différents genres de musique a été portée à son paroxysme avec l’immense succès groupe Indo-Persan, le Ghazal Ensemble.

En janvier 2000, le Boston Herald comptait Shujaat Husain Khan parmi les 25 plus grands artistes de l’année, aux côtés de Seiji Ozawa et de Luciano Pavarotti.

Aux côtés de Shujaat Husain Khan pour ce concert du 26 mars se produisaient :
- Arunangshu Choudhary – Tabla
- Shanker Deb Nath – Tabla
- Dipankar Roy Choudhary – Guitare/Tanpura









Pierre Alexandre Blanc et Leo de Boisgisson, entre Bureau des Musiques Actuelles et 86/33Link... Des projets pleins d avenir 
.
Pierre A et Leo de Boisgesson, entre Bureau des Musiques Actuelles et 86/33 Link

Pierre Alexandre Blanc et Leo de Boisgisson sont responsables du Bureau des Musiques Actuelles (BMA) et fondateurs de l’association 86/33 Link.

Pierre A accepte de parler un peu plus en détail de leur travail à multiples casquettes.

« Tout d’abord, le BUREAU DES MUSIQUES ACTUELLES a été créé cette année. Nous travaillons dans les bureaux du centre culturel. Mais nous sommes des électrons libres, rémunérés par les contrats de productions que nous trouvons, comme des producteurs privés.
Le BMA a pour vocation de présenter la diversité du répertoire français et d'assurer la promotion des artistes et des productions françaises d'aujourd'hui, de tous styles et de tous horizons : pop, jazz, rock, chanson, musiques urbaines et électroniques
Il coordonne et organise la venue d'artistes français dans le cadre de spectacles, de concerts et de festivals

1. Notre premier rôle consiste en de la veille de marché. Nous informons aussi la France des productions musicales chinoises.
Le but est de donner des contours à la réalité du marché chinois.
Une fois cette réalité cernée, nous pouvons alors envisager des projets qui correspondent au marché.

2. Le deuxième point est l’organisation de concerts et de mini-tournées d’artistes Français en Chine. (Série de concerts pour un artistes ou un groupe, par exemple, ou autre cas, réponse à une commande dans un cadre précis, comme celui de la semaine de la francophonie par exemple, pour laquelle l’ambassade nous a adressé une demande°particulière).

3. Le troisième point est constitué de promotion pure et dure. Il s’agit de diffuser les informations concernant les productions françaises. Par productions françaises, j’entends bien sûr les artistes de tous pays du monde dont les droits sont gérés par la France.

Parmi les événements coordonnés par le Bureau, citons notamment :

Les Transmusicales en Chine, qui auront lieu du 18 au 20 juin, et recevront, en tête d’affiche, St Germain, Gotan Project, X Machina…
Ces Transmusicales auront lieu au Chaoyang Parc à Pékin. Elles réuniront 10 000 personnes par jour. Le but est d’ouvrir les musiques actuelles au plus grand nombre. Une tarification la plus basse possible, de l’ordre de 80 rmb par jour, soit environ 8 euros, pour permettre aux jeunes et étudiants d’y assister (sachant que 80 Rmb représentent déjà une somme importante pour les jeunes Pékinois).
L’équipe des Transmusicales de Rennes est co-productrice depuis la France. S’y adjoignent les producteurs Chinois. Le Bureau des Musiques Actuelles sert de lien entre les deux.

Autre événement organisé : les rencontres de l’industrie musicale franco-chinoise. trois jours de colloques, réunissant des promoteurs, des producteurs, des diffuseurs etc.
L’un des principaux événements qui a lieu en cette période est le DIAF 2005. Un des plus grands festivals indépendants à Pékin.
« Il se passe dans une friche artistique, nous dit Pierre-A, anciennes usines de Dashanzi – voir Photos -, immense lieu sur lequel sont réunis des ateliers d’artistes, des galeries, des clubs, des restaurants underground.
C’est un lieu de création important, mais toujours avec ce danger : l’immobilisme et le poids politique. »
C’est un lieu unique, une scène indépendante, un des seuls grands espaces dans Pékin où les artistes peuvent se réunir. Voir Portrait suivant.



A côté du bureau des musiques actuelles, Pierre A et Leo de Boisgesson ont une autre activité, indépendante, tournée vers l’association qu’ils ont montée bien avant le Bureau des musiques actuelles. Il s’agit de l’association 86/33LINK.
Le but de 86/33Link est de promouvoir la musique chinoise.
« L’Association " 86/33 link " est une plateforme destinée à faire connaître en France les jeunes talents de la scène musicale chinoise actuelle et a permis de faire connaître des artistes prometteurs dans des styles variés, musique électronique, traditionnelle, rock… »
Cette année, le projet est intégré à celui des années croisées (année de la France en Chine en 2005).
"Nous organisons des tournées - un tourneur nous relaie en France ensuite. Nous gérons l’activité artistique de cretaions musiciens. Nous avons donc une casquette de managers pour ce travail. Nous produisons des disques aussi – le dernier de Wang Lei par exemple.
Pour cela, nous faisons de études de marché de base : Où va l’industrie musicale chinoise ?...
Quel type de musique peut-on faire connaître en France, comment ?"

Leurs deux activités, d’un côté pour l’industrie musicale chinoise,de l’autre pour l’industrie musicale française sont donc complémentaires… Cela pourrait paraître antinomique à première vue.
« Le Bureau des Musiques Actuelles est un projet pilote du Centre Culturel Français et de Collaboration Linguistique de l'Ambassade de France en Chine. Le BMA et sa structure relais en France, " 86/33 link ", sont les deux pôles d'une dynamique d'échanges musicaux entre la France et la Chine. Les deux structures travaillent dans le sens de la réciprocité et de l'interactivité culturelle. »


Mais tant que la musique continuera d’évoluer vers une internationalisation des styles et vers des croisements de plus en plus incessants entre genres (que l’on peut de plus en plus difficilement qualifier de nationaux), leur double rôle est bien réaliste et avant-gardiste à la fois.









DIAF 2005 a Dashanzi, Pekin. Un festival artistique international tourne vers la creation contemporaine independante.
.
GROS PLAN SUR LE DIAF 2005, deuxième édition.
DIAF COMME SYMBOLE D UNE GENERATION
Le festival artistique international de Dashanzi ne se restreint pas à exposer des mouvements culturels existants, mais donne la possibilité à des artistes ou groupes d’artistes de faire naître de nouvelles créations.
Il grandit peu à peu, avec la scène artistique chinoise indépendante, mais voit aussi sa fenêtre sur le monde s’ouvrir davantage, devenant de plus en plus international.
Toujours nouveau-né ?
Oui, et c’est définitivement une bonne chose.
Il implique de l’innovation, de l’indépendance, et avant tout espace et temps pour s’investir dans la création d’une culture chinoise jeune et contemporaine.
Sur ce plan, le DIAF offre plus qu’une réflexion sur la scène artistique chinoise.
Il joue un rôle essentiel dans la création de la scène contemporaine et participe par conséquent au processus de développement de la culture chinoise contemporaine.

LE LEITMOTIV DU FESTIVAL : « YUYAN/YUYAN » (LANGAGE/FABLE)
Le titre de la seconde édition du festival est « Langage/Fable », termes homonymes en chinois.
Parmi les nombreux événements du festival, notons :
En DANSE :
« Temperature Report » (Chine).
Création : Living dance studio.
Une performance multimedia intégrant musique, vidéo, danse et expressions théâtrales, pour 18 danceurs et acteurs. Ce nouveau travail créé par Wu Wenguang pour le DIAF 2005 « emploie la danse pour exprimer les sentiments « premiers » de notre vie : amour, haine, désir, peur. C’est une fable dansée à propose de notre vie contemporaine. »

« Divided Space »
Avec Wu Wenguang pour superviser, cette performance fait interagir 5 à 8 équipes de danseurs, qui réalisent différentes expérimentations, interventions et performances in-situ, reliées à la thématique du festival dans son contexte physique. En effet, les performances intègrent les espaces de l’usine, telles que les galeries d’art, les couloirs, les espaces extérieurs et reflètent les pensées des artistes à propose des changements qui ont affecté le Old Bauhaus 798 (Dashanzi).

De nombreuses autres performances dansées auront lieu, ainsi que du théâtre, des Street Performances, des expositions artistiques, du cirque contemporain, des expositions photo, des projections video, des Mixed media expositions, des projections de film et des concerts.

Parmi les principaux concerts citons notamment :
1. Le projet du Label Frikyiwa (France/Guinée/Sénégal/Mali), par les artistes : Hadja Kouyaté (voix), Ali Boulo Santo (carignan, shakere et percus), Filifin (kamélé n’goni et guitare) et enfin Galliano (electronic mix).
Le renommé Galliano se produit avec une série d’artistes Africians qui créeront leur propre version de fables africaines, mixant électronique, instruments traditionnels et voix. Ils ouvrent le festival.

2. Cinémix
Avec les artistes DJ Ouf et VJ Lootin’, l’idée est de créer un film concert qui fait de la musique et du cinéma un seul et même objet artistique.
La musique elctro live de DJ Ouf sur scène sert de base à un remix de films populaires français des années 50 et 60. Le spectacle peut être aussi bien regardé que dansé !

3.Concert de stars électro chinoises : Wang Lei + invité Cui Jian + DJ Girls (Chine+International)
Wang Lei, la star electro du Sichuan, dont la renommée croît de plus en plus, se produit en invitant sur scène Cui Jian à la trompette.
Devant le succès du duo qui s’était déjà produit en automne, les deux grands artistes renouvellent la collaboration pour un nouveau concert au DIAF 2005.
Une touche française viendra s’ajouter à la fin du concert avec les deux jeunes femmes de DJ Girls. Parmi elles : Leo de Boisgisson…

4. Singer-Songwriters (Chine)
Musiciens : IZ Band, Hu Matang, Yang YI, Zhu Fangjing, Zhou Yunlian, Wan Xiaoli etc.
Depuis les années 90, la chanson chinoise (Chinese Folk Music) est parvenue à un stade de maturité, influençant les nouvelles générations et de nombreux autres styles musicaux. Les chanteurs-compositeurs-interprètes sélectionné pour le DIAF 2005 interprèteront des chansons qui représentent les racines de la Chine contemporaine.





Le DIAF est organisé par :
le Département national des relations publiques
le Comité de Dashanzi Art District du disctrict de Chaoyang, Pékin
les associations de Dashanzi disctrict
la DIAF 2005 Organizing Team


Il est soutenu par (entre autres, car liste non exhaustive)
Le Comité de l’année de la France en Chine
L’ambassade de France en Chine
L’AFAA
Le British Council
Le département du tourisme de Chaoyang









La Folle Journée à Tokyo 
.
LA FOLLE JOURNEE AU JAPON 

Directeur artistique : René Martin
« Pour que la musique classique soit une véritable fête, il faut lui donner un nouveau visage et la rendre accessible à tous. Mon idée est de l’ouvrir au plus grand nombre une fois par an, en proposant, à des prix très abordables, un festival au programme riche et varié, dans un lieu de rencontres et d’échanges avec quelques-uns des plus grands artistes du monde. Je tiens aussi à ce que ce festival soit ouvert aux enfants et devienne pour chacun une occasion unique de découvrir ou d’aimer encore plus la musique classique.»




L’esprit de la Folle Journée est donc celui d’un festival de musique classique pour tous.


La Folle Journée est né en 1995 à Nantes. En janvier dernier, pour la 11ème édition, 120 000 spectateurs sont venus au festival pendant jours. 60% d’entre eux assistaient pour la première fois à un concert classique et parmi eux, on comptait de très nombreux enfants.
La Folle Journée a également lieu depuis 2000 à Lisbonne et depuis 2002 à Bilbao. Et cette année, elle continue de s’exporter avec succès.



Du 24 avril au 1er mai s’est déroulée la Folle Journée au Japon, autour de « Beethoven et ses amis ». Durant le festival, ce sont 209 concerts qui ont eu lieu dans le Quartier de Marunouchi et au Tokyo International Forum.
C’est un immense succès. pour ce Festival, devenu populaire dès sa première au Japon.
Encore une fois ce concept original de « Festival de musique classique pas classique » est une réussite.

On retrouver les mêmes principes qu’à Nantes, Lisbonne et Bilbao :
Des concerts autour d’un sujet fédérateur
Une variété dans la programmation et dans les formations (de la sonate aux grands orchestres symphoniques)
Des concerts courts (une heure) et nombreux, pour tous les ages
Un Prix des places très modiques
ET Nombreux concerts gratuits (43 à Tokyo !)
Le tout rassemblé sur quelques jours


Pour René MARTIN, le plus important c est que la moitie du public venait pour la première fois écouter un concert de musique classique.
Selon lui, On peut maintenant dire que la musique classique s’adresse à tout le monde
Autre schiffre importants :
le nombre de billets vendus : 115 000. Les concerts sont tous complets.
Le nombre de musiciens passionnés et dévoués, rassemblés pour l’occasion : 1500 artistes du monde entier. Dont 350 artistes Japonais.

Ce qui a étonné René Martin aussi, c’est le nombre d’enfants présents dans les salles de concerts… et le nombre de jeunes entre 17 et 25 ans aussi.

Les organisateurs de l’événement sont René Martin, directeur artistique et son équipe du Créa, le Créa Kunihiko Takahashi (Producteur général) et Masahide Kajimoto (Producteur artistique) soutenus par les villes, les Etats et une série d’entreprises, se sont tous engagés dans un pari qu’ils ont gagné.


Parmi les concerts auxquels le public tokyoïte a pu assister durant les trois journées au Tokyo International Forum, citons par exemple :
l’Intégrale des Sonates pour piano de Beethoven, interprétées par Akira Eguchi, Nicholas Angelich, Momo Kodama, Emmanuel Strosser, François-Frédéric Guy, Jean-Efflam Bavouzet, Claire Désert, Ikuyo Nakamichi, Frank Braley…
l’Intégrale des Quatuors à cordes de Beethoven, par le Quatuor Yasäye.
Et, dans la grande salle de 5000 places notamment, le Concerto pour piano et orchestre n° 5 « L’Empereur » ; interprété par Brigitte Engerer et le Tokyo Metropolitan Symphony Orchestra, orchestre qui interprètera aussi la 3ème et la 6ème symphonie de Beethoven. La sallede 5000 places accueillera également les enfants pour un concert pédagogique autour de la 5ème symphonie de Beethoven.

Rencontrée à la sortie du concert où elle interprétait entre autres les Sept Variations en ut majeur « God Save the King », les Quatre Bagatelles et la « Sonate au clair de lune », avant de partir répéter pour les autre concerts des jours prochains, notamment le lendemain la Sonate pour violon et piano n°7 et la Sonate opus 5 de Vorisek, avec Régis Pasquier, Anne Queffelec a insisté sur l’aspect si particulier de ces Folles Journées : « On retrouve ici certains éléments fondateurs des Folles Journées, comme l’énergie et la passion qui se dégage des musiciens et des mélomanes rassemblés ici pour le seul amour de la musique, et de Beethoven. Mais, comme dit Anne QUeffelec, La Folle Journée au Japon a aussi ses particularités : l attention et la qualité d’écoute du public ici sont étonnantes.»Ce sont à chaque fois de nouvelles sensations, de nouveaux partages et échanges sensibles et humains qui sont rendus possibles.


Ce qu’Anne Queffelec, par modestie, ne précise pas mais est pourtant essentiel dans la réussite de ce concept original, c est que, pour René Martin,
« Les artistes sont quelque part Co-producteurs de ces Folles Journées. Ils acceptent de participer même avec de faibles cachets. » C’est tout le collectif qui choisit de donner de temps, de son énergie et de son talent pour servir la musique, (ici, Beethoven et ses amis, l’année prochaine à Tokyo, Mozart et ses amis).
Les artistes Japonais ont joué le jeu de la même manière, en acceptant d’emblée les conditions, le programmes et l’esprit de l’événement.
Pour René Martin, les nouveaux artistes Japonais invités à participer aux Folles Journées de Tokyo font désormais partie de la grande famille des musiciens qui partagent ce dévouement. De nouvelles amitiés musicales sont nées de ces ces premières rencontres.
A Tokyo des master-class ont aussi été organisées pour la première fois dans le cadre de la Folle Journée. Artistes, projets et idées nouvelles sont donc promis à un bel avenir de collaborations autour de ce concept fructueux.

Accompagnée d’une volonté collective, l’idée d’ouvrir la musique classique au plus grand nombre, en rendant festif et imaginatif ce moment de partage culturel est plus que réalisable, lorsqu’elle est menée par des hommes généreux et engagés. C’est une idée d’avenir ouvrant bien des frontières.













The CAAMA (Central Australian Aboriginal Media Association)
.
Au cours de mon circuit dans les terres centrales et désertiques de l’Australie, j’ai eu la chance de rencontrer Steve Tranter, Ingenieur du son au CAAMA, Centre de, à Alice Springs.


Ayant eu connaissance d’un enregistrement réalisé par des ethnomusicologues et historiens avec Steeve une dizaine d’années plus tôt, j’ai cherché à en savoir plus sur ce centre de production.


Steeve Tranter était toujours là.
A l époque, le projet avait réalisé à la demande des Aborigènes de terre d’Arnhem, qui, eux-mêmes, étaient soucieux de préserver leur héritage. En formulant cette demande, Rex Mungurra dit : « Les chants de cérémonies comme les cérémonies (« Em »)° sont en train de disparaître. Ils partiront avec nous. Les jeunes s’interrogent : pourquoi et comment le « dreamtime » ; la cérémonie ? Toute la journée, la plupart des jeunes regardent des vidéos, la télévision. Peut-être voulons-nous enregistrer ces Em et garder ce temps en mémoire, pour les générations futures, qui s’y intéresseront peut-être à nouveau, sous une autre forme qu’aujourd’hui, puisqu’il sera trop tard… »

Le CAAMA n’a pourtant pas continué sa production de disque ethnomusicologique.
Les fonds ne sont pas suffisants pour produire « sans un minimum de rentabilité ».

A défaut de me parler de la survivance des chansons traditionnelles aborigènes, Steve m’ a donc ouvert son studio et m’ a fait découvrir les dernières productions du centre (voir extraits sonores sur le site). De nouveaux groupes, du rock, du reggae, des chansons en acoustiques… Des musiciens Aborigènes originaires de tout le pays viennent ici pour enregistrer leurs disques.

Le centre est aussi un grand producteur de courts-métrages, de documentaires et de films aborigènes. L’un des courts-métrages était d’ailleurs en compétition à Cannes cette année. Le CAAMA, c’est aussi une radio, qui émet dans cette région où les ondes sont si essentielles pour se sentir relié au reste du monde…

Les produits du Caama sont de très grande qualité. C’est la politique du Centre.
- Permettre aux Aborigènes de bénéficier de très bons moyens pour produire et diffuser leurs projets artistiques.
- Faire connaître au plus grand nombre la diversité culturelle des Aborigènes
- Permettre à un bon nombre d’Aborigènes d’entrer dans le marché de l’art sans endommager la qualité de leurs objets artistiques.
Steve m’expose ces points essentiels, auxquels on pourrait ajouter tous les effets bénéfiques que l’on peut percevoir en quelques jours seulement passés dans la région.
La pérennité de ce centre n’était pas évidente, étant donné sa situation géographique et, pire, l’exclusion flagrante dont souffrent encore les Aborigènes aujourd’hui.
Mais le combat continue, la prochaine étape étant de permettre aux artistes aborigènes d’être artistes avant d’être aborigènes…
Les Stiff Gins a l Opera de Sydney 
.
Les Stiff Gins, ce sont deux filles de 25 ans, Nardi Simpson et Kaleena Briggs.

Dans le cadre du Festival Aborigène « Message Stick » à l’Opéra de Sydney, elles étaient invitées à la nouvelle salle de l’Opéra, de type cabaret.
Avec cette cinquième salle, l’Opéra ouvre ses portes à un public qui n’avait pas l’habitude de fréquenter ce type de structures auparavant.
Le prix des places y est bien moindre, l’atmosphère plus décontractée et informelle, l’interaction entre scène et public prend plus d’importance.

Pour leurs premières représentations dans ce nouveau lieu, les Stiff Gins présentent leur nouveau disque. Leurs chansons sont touchantes, leurs voix entraînantes.


C’est avec un plaisir non dissimulé que je les retrouve après le concert pour discuter de leur travail, de leurs projets etc.

Vous pouvez les retrouver sur la page écouter du site arcomonde, ou sur leur propre page, www.stiffgins.com
Leur nouveau disque s’intitule « Kingia Australis ». C est un nouveau rebonds.
Un projet pour le groupe, intimement lié à cette plante nommée « Black Gin »qui a la particularité de ne fleurir qu’après un feu de bush. « Ce disque marque le début d’une nouvelle ère, affirment-elles, un retour aux racines. A la différence des autres, cet album a été fait en famille et entre amis, en acoustique.

Mais bien plus que les disques, c’est l’expérience de la scène qui compte pour elles.
Les Stiff Gins participent à de nombreux collectifs d’artistes, à des dizaines de festivals. Elles se sont déjà produites aux Etats-Unis, au Canada, dans différents pays d’Asie, en Europe.
« Pas encore en France, mais cela ne saurait tarder ! »
Les deux demoiselles, qui ont vu évolué leur groupe puisqu’elles étaient, au début, en 1997, non pas deux mais trois, ont le temps de voir venir.

Ce qui est sûr, c’est qu’elles n’ont pas fini de faire parler la chanson.
Fières d‘être Aborigènes, participant volontiers aux Festivals et Forums artistiques aborigènes, elles n’ont pourtant pas envie de se faire enfermer dans des catégories réductrices.

« Ce que nous avons envie de faire passer dans nos chansons, c’est qu’avant d’être Aborigènes ou Musiciennes, nous sommes des femmes et nous prenons la parole. »
A bon entendeur…

Veronica Condomi et le trio de musique populaire argentine Condomi/Snajer/Guevara
.
La première fois que j’entends Veronica Condomi, c’est dans un petit auditorium de la Radio Nationale.

C’est un coup de foudre. Je retournerai l’écouter chanter deux fois durant mon séjour à Buenos Aires.

Ayant eu la possibilité de la rencontrer, j'ai l’écouter parler de ce répertoire qu’elle interprète si brillamment : « je ne me rappelle pas avoir un jour appris la plupart de ces chansons. Je les ai toujours entendues. Ces chansons me viennent de ma famille et de mes ancêtres. Ma voix aussi. »


Vous l’aurez compris, après un échange, le mystère reste entier. C’est bien l’impression que l’on a en écoutant cette voix envoûtante : sa musique est un mélange de sagesse et de mystère, aux origines bien lointaines.


Les deux musiciens avec lesquels Veronica a formé un trio depuis déjà 5 ans sont exceptionnels eux aussi. Il s’agit du guitariste Ernesto Snajer et du percussionniste Facundo Guevara.
Ensemble ils parviennent à proposer un nouvel espace sonore et un nouveau visage à la musique populaire argentine.

Reprenant des chants traditionnels du répertoire collectif et interprétant leurs propres compositions, ils font pourtant une grande place à l’improvisation.

Le guitariste Ernesto Snajer, fait partie du Quintette Vitale, se rend souvent en Europe pour diriger des séminaires de musique folklorique argentine, et joue en duo avec Palle Windfeldt, avec qui il a enregistré produit par Egberto Gismonti. J’ai pu l’entendre a la Pena del Colorado dans une formation foklore-jazz, avec Pipi Piazzolla (petit-fils d’Astor) à la batterie.

De son côté, le percussionniste Ernesto Guevara, outre ses propres projets, a pu accompagner Liliana Herrero et Pedro Aznar, et fait de nombreuses master-classes en Argentine comme à l’étranger. Son talent n’est plus à démontrer.

Veronica Condomi débuta sa carrière dans les années 70, avec le groupe mythique MIA (Musicos Independientes Associados). Dans les années 80, elle fut au cœur de la génération des Musiciens Populaires Argentins (MPA). Elle chanta avec Chango Faria Gomez, Los Piojos, Jaime Roos, et bien d’autres…


Vous pourrez écouter leur premier disque en trio, « Cielo arriba » à la page Ecouter de ce site.
Leur deuxième album sort ce mois-ci. Peut-être sera-t-il distribué en France…
Ce site dans vos favoris - Créer mon carnet de voyage avec top-départ - Développé par Pokara
Copyright arcomonde.org ©2004-2005 Tous droits réservés