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Roumanie - Bucarest, du 12 au 19 fevrier
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de Gabrielle, le 12-02-2005 |
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| Premieres impressions, premieres rencontres |
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Voila déjà 10 jours que je suis arrivée à Bucarest.
Le temps de découvrir quelques particularités de la Roumanie.
Héloïse, amie Française avec qui je me suis initiée à la musique tsigane (nous faisions partie d’un ensemble Tsigane à Paris), actuellement en thèse à Bucarest, pour travailler sur les musiciens tsiganes des Balkans, m’accueille chez elle comme une reine. Je me glisse ainsi dans son quotidien pour quelques semaines.
Nous logeons dans une chambre très agréable ; Héloïse me raconte alors ses débuts à Bucarest. Logée au début dans une camine d’étudiants en banlieue de Bucarest, elle s’est révoltée contre les conditions,l’insalubrité des lieux, la corruptions du gardien etc… Le rectorat l’a donc placée dans un autre bâtiment, au centre ville.
Une camine d’étudiants :
Dimanche soir, nous rendons visite à ses anciens voisins de chambre de la camine, pour l’anniversaire d’Olga, étudiante Moldave ayant obtenu une bourse pour étudier la théologie et les langues à Bucarest.
Je découvre ainsi les conditions de vie de ces étudiants, pour la plupart étrangers. Il y a de nombreux jeunes Moldaves, pour lesquels l’obtention d’un visa pour venir étudier en Roumanie représente déjà une grande victoire. Tout en découvrant les spécialités moldaves (au poisson, voir photo…) qui se dégustent pour les fêtes, je me rends aussi compte de la difficulté de la vie pour les étudiants d’ici. Ils sont 4 par chambre, n’ont que deux petites tables pour 4 (pour étudier, manger…), n’ont pas de salles pour travailler, n’ont pas d’eau chaude (par -20 degrés dehors !), aucun moyen de s’isoler au chaud, d’avoir une once d’intimité.
Beaucoup étudient la théologie et les langues (les bourses pour les étrangers étant plus facile à obtenir en étudiant la théologie !). Nombreux sont ceux qui sont bercés par l’American Dream. Presque tous rêvent de partir travailler et vivre au Etats-Unis ou au Canada.
L’opéra de Bucarest
Ma première sortie culturelle. En une semaine, j’ai pu assister à Rigoletto, la Flûte Enchantée et la Traviata… Voir rubrique Les Portraits.
Le froid de Bucarest
J’y étais préparée, certes. Ce froid est bien réel. De -16 à -20 degrés en ce moment. En revanche, je ne m’attendais pas à ce constant ciel bleu et à ce soleil qui adoucit un peu le vent nous fouettant le visage. De la glace partout, de la neige gelée et noircie par les pots d’échappements. Et puis du verglas sur les trottoirs, histoire de ralentir un peu les piétons pressés. Alors on marche moins vite, on s’habitue, avec des chaussures de montagne ultra confortables, mais pas encore en talons aiguilles, comme de nombreuses femmes d’ici…
Contrairement à ce que j’imaginais, les intérieurs sont extrêmement bien chauffés.
Beaucoup de Roumains ont pris l’habitude de payer le même prix pour l’électricité, quelle que soit leur propre consommation, sous le communisme paraît-il…
L’Institut Français
A peine arrivée, je rencontre le Directeur de l’Institut, André Rochais, qui m’accueille avec beaucoup de sympathie. Il me fait découvrir la collection de disques produits par l’Institut Français : des Sonates de Scarlatti par la pianiste Ilinca Dumitrescu, aux Chants polyphoniques de Corse (Speranza), en passant par Erik Marchand et les Blakaniks ou Michel Marre et ses Carnets de voyage…
Dans cet univers pourtant francophone, je découvre une ambiance extrêmement ouverte. Les jeunes professeurs que je rencontre, Roumain(e)s pour la plupart, sont curieux et très attentifs.
Elena, Adina et Georgiana par exemple, toutes Roumaines, enseignent le français, le roumain ou les 2, à l’institut français mais aussi dans des lycées ou en faculté. Certaines font leurs débuts comme critiques dans des revues littéraires ou culturelles pluridisciplinaires. Elles sont, pour le plupart, en doctorat en parallèle. Les jeunes doctorants n’ont pas le statut d’étudiant en Roumanie. La vie est donc chère pour ces jeunes professeurs, qui, comme les jeunes médecins par exemple, ont un revenu mensuel d’environ 100 euros. En multipliant les cours particuliers, ils parviennent à 200 euros par mois environ.
Le temps passe trop vite lorsque je suis en leur compagnie. Georgiana me raconte ses souvenirs d’enfance sous le communisme (elle a 9 ans en 1989), son séjour en France, grâce à une bourse obtenue pour ses études, la difficulté de la vie ici…
A l’Institut semble résider une grande souplesse dans l’organisation des événements culturels.
Dès mon arrivée, je suis ainsi invitée à faire des interventions (4 avant mon départ) sur le projet Arcomonde, ainsi que des ateliers autour des interactions entre les arts (littérature-peinture-musique) et une conférence sur ma recherche passée, autour de Joan Miro et la musicalité.
Ma première intervention a lieu le 9 février.
Durant deux heures, je peux échanger avec des jeunes de 16-17 ans, lors de leur cours de français, des idées sur mon projet mais aussi sur les leurs, sur leurs ambitions… A 16 ans, tous peuvent avec conviction me dire le métier qu’ils espèrent exercer : designer, médecins, avocat, inspecteur à l’opc (l’office roumain pour la protection des consommateurs !), professeur de mathématiques, journaliste. Deux d’entre eux m’ont dit vouloir être militaires : l’un comme pilote, l’autre, sérieusement, comme volontaire auprès de l’armée américaine…
Beaucoup rêvent de découvrir les Etats-Unis, de conduire des voitures américaines, de travailler outre atlantique... Lorsqu’ils me demandent pourquoi je suis venue les voir, j’essaye de les faire jouer aux détectives, pour qu’ils s’expriment un peu en français. Et l’un deux lance en riant : « Pour voir les Gitans ! » Toute la classe rigole. Ils ignorent que c’est vrai en partie. Georgiana, le très sympathique professeur de mon âge, m’avait déjà prévenue : « la dernière fois, je leur ai demandé à chacun quels étaient leurs loisirs, l’un m’a répondu : j’aime fumer, boire, et taper les gitans... »
En dehors de cette question latente, les jeunes sont intéressés. Nous finissons la deuxième heure par une exploration de la diversité musicale française, des musiciens classiques à la chanson française en passant par le hip hop. Et nous nous donnons rendez-vous la semaine prochaine pour qu’à leur tour ils me fassent découvrir les musiques de chez eux…
Le temps passé chez Paul Fantezie et dans la famille d’Adrien
Avec Héloïse, je me rends plusieurs fois chez le grand chanteur Paul Fantezie, qui habite à Bucarest. Ne parlant pas roumain, et ne pouvant pour l’instant que deviner quelques mots ou bribes de conversations, l’échange verbal avec eux est assez limité pour moi. Regards bienveillants des mères, curiosité des enfants et sourires de tous, me viennent en aide. Héloïse passe aussi beaucoup de temps à me traduire les dialogues.
Je découvre avec elle de nombreux codes qui sont étrangers aux gadje.
L’immersion dans les familles de Tsiganes « roumanisés » me permet aussi de battre en brèche certaines idées reçues.
Quelques exemples :
Pour moi, les Tsiganes musiciens passaient leur temps à jouer de la musique. Pour eux, pour les autres, en concerts, pour les fêtes... Je découvre en fait que chez eux, certains grands musiciens ne jouent pas. Ils jouent le soir, dans les clubs, ou les restaurants ; ils jouent pour les fêtes etc. Mais quand ils sont chez eux, ils passent le temps avec leur famille, regardent la télé, écoutent de la musique… Ou alors, est-ce parce que nous sommes gadje et qu’ils estiment qu’ils n’ont pas à jouer gratuitement pour nous ?
Les mêmes musiciens, une fois en France, en situation d’exil, séparés de leur famille, jouent pour les autres mais jouent aussi entre eux, dès qu’ils se retrouvent. Le fait d’être littéralement arrachés à leur famille restée en Roumanie n’y est sans doute pas pour rien…
En revanche, je découvre combien les enfants qui jouent d’un instrument doivent pratiquer assidûment. Une soirée passée dans la famille d’Adrien, accordéoniste, ami d’Héloïse et mari de Blandine (avec qui j’étais au collège et au conservatoire à Strasbourg) nous le prouve (voir photos !)
La semaine dernière, un article de Libération, par souci de justesse, faisait un rappel de terminologie : « Roms, Tsiganes, Gitans, Bohémiens… »
L’article expliquait en ces termes : « Rom signifie homme en roumain. Les autres termes donnés aux Roms sont jugés péjoratifs, comme Tsiganes, le plus couramment utilisé, dérivé du grec byzantin qui signifie paria. Le terme gitan (gypsy en anglais) dérive d’Egyptien, car nombre de Roms affirmaient être originaires de ce pays. D’autres disaient arrivés de Bohème, d’où Bohémiens ».
Nul besoin de rappeler que les Tsiganes sont originaires du Nord de l’Inde, mais qu’ils sont aussi Européens depuis le XIIème siècle…
Dans les faits, les Tsiganes (en tout cas les Tsiganes roumanisés que j’ai rencontrés) se considèrent tous eux-mêmes comme TSIGANES et non Roms. Pour eux, le terme de Roms correspond un nom donné pour les représenter auprès des Institutions (un concept qui ne correspond pas pour eux, aujourd’hui à leur réalité). Calistrate Petre, 70 ans, violoniste du Taraf de la Naipul rencontré hier (pour le concert organisé hier au club Green Hours (voir photos !) par Speranta Radulescu (voir rubrique les Portraits la semaine prochaine), nous dit ainsi : « Nous sommes Tsiganes Lautar. Nous ne sommes pas Roms. Nous chantons des chants (je répète le terme de chants car Calistrate Petre n’a pas employé le terme « interpréter ») populaires roumains. »
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